Le Débat Stratégique Nº52 -- Septembre 2000

Où vont les progrès de l’Europe de la défense ?

Par André Brigot



Il n’y a pas qu’en matière monétaire, fiscale ou face aux mouvements sociaux liés à l’énergie que les politiques européens vont moins vite que les évolutions concrètes : la mise en place d’une capacité européenne de défense progresse à un rythme qui surprend les initiateurs du mouvement. Il avait été décidé au Sommet d’Helsinki en décembre 99 qu’un catalogue des forces susceptibles d’être affectées par chaque Etat membre de l’Union devait être réalisé cet automne. Or chacun des Quinze Etats membres, y compris les « neutres » tels que la Finlande, la Suède ou l’Autriche, a envoyé le catalogue de sa contribution, contraignant la présidence française, qui ne s’attendait pas à cette rapidité, à accélérer le passage aux étapes suivantes.

La « méthode » Monnet : multiplier les coopérations techniques, qui contraignent ensuite à établir une politique, continue de fonctionner. Si ce n’est que ce passage au politique : en l’occurrence définir les modalités d’emploi, les missions, reste toujours aussi lent. Tout se passe comme si les militaires étaient plus prompts que les diplomates à se donner les moyens d'atteindre des objectifs que les politiques annoncent sans en avoir toujours mesuré les conséquences. La transformation de l’Eurocorps en Corps européen de réaction rapide, doté d’un quartier général (qui n’est encore qu’un noyau) de troupes de réaction rapide basé à Strasbourg est une étape positive. Mais sera-t-il simplement un second corps de l'alliance, au côté du Quartier général du Corps allié de réaction rapide de l’ Alliance, ou fournira-t-il à l’issue du processus de restructuration des forces, vers 2003, la capacité militaire d'une politique européenne.

Deux conditions
  1. L'acquisition des moyens matériels ne gêne personne car les mêmes besoins sont identifiés que l'on pense « nationalement », à 15 dans le cadre de l'Union, ou dans l'Alliance (DCI). Mais il faut que les Européens obtiennent aussi l’accès aux moyens de l’OTAN dont ils ne disposent pas encore. Or les Etats-Unis restent réticents. Comme le précise le Ministre français de la défense : « On dit souvent que l’Alliance dispose de moyens stratégiques de niveau supérieur qu’il ne faudrait pas dupliquer. Mais il s’agit en réalité de moyens nationaux américains. Ce que nous avons lancé depuis deux ans consiste à nous doter d’un niveau de capacités propres qui graduellement conduira les Européens à être moins dépendants1». Les EU activent notamment les réserves turques. Le gouvernement d’Ankara utilise sa voix au Conseil de l'OTAN, pour forcer la porte de l’Union et déclare dans une note d’août 2000. « Il n’y aura pas d’accès automatique de la part de l’Union Européenne aux moyens et capacités de l’OTAN et toute nouvelle demande devra être prise en considération par tous les membres du Conseil de l’OTAN.
  2. Les Européens mettront-ils réellement sur pied dans les années qui viennent la politique étrangère commune, c’est-à-dire les missions et les objectifs, dont certains peuvent être spécifiques, voire divergents de ceux des Etats-Unis ?
A défaut, ils auraient certes renforcé l’Alliance, mais beaucoup moins l’Union. Une Alliance pourtant déstabilisée par l’effondrement continu des capacités russes et qui doit se donner de nouvelles missions. Civilo-militaires, y compris dans la lutte contre l’immigration clandestine selon les déclarations du SACLANT, le général William Kernan2, d'une part ; d'autre part, dans des zones de plus en plus élargies, vers le Moyen-Orient et l'Afrique par exemple, jusqu’en Afrique du Sud, (le même commandement américain couvrant d'ailleurs l’Europe et l’Afrique).

André Brigot

1 Le Monde 22 septembre 2000

2 Nouvelles Atlantiques 13 septembre 2000


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